Denis, policier à la BAC : "Le flic est un sous-citoyen" ! - SOS FRANCOPHOBIE

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Denis, policier à la BAC : "Le flic est un sous-citoyen" !

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Denis, policier à la BAC :
"Le flic est un sous-citoyen" !


TÉMOIGNAGE
Par Jean-Michel Décugis et Christophe Labbé


Denis est policier à la Brigade anticriminalité(BAC). Il fait partie des hommes envoyés en renfort à Grenoble où des policiers sont menacés de mort par des caïds de cité. Il a accepté de témoigner pour Le Point.fr sous couvert d'anonymat. Édifiant.

"ON SE COUCHE DEVANT LES CAÏDS"

"Nos collègues de Grenoble ont leur nom et prénom tagués sur les murs du quartier de la Villeneuve. Et la seule réponse du ministère, c'est de les mettre au repos ou de les muter. Je suis dans la BAC depuis 10 ans. Aujourd'hui, je suis écoeuré. Une fois encore, on se couche devant les caïds. On nous a donné l'ordre de ne plus patrouiller en civil, de remettre nos uniformes pour ne pas être identifiés comme un flic de la BAC. C'est désastreux pour l'image. Les petits caïds se disent dans leur tête que les flics ont peur, qu'ils reculent. Parmi les policiers exfiltrés, il y a un major à deux mois de la retraite avec 15 ans de BAC derrière lui. C'est la honte."

"DE LA CHAIR À CANON"


"On se fout de la gueule des flics, on nous prend pour de la chair à canon. Quand on pense que Sarko avait promis de karcheriser les cités ! La hiérarchie fait tout pour minimiser la gravité de la situation. Personne ne sait ce qu'est devenu l'agent de sécurité qui a failli prendre une balle. C'est l'omerta. Heureusement, l'info circule entre nous, via les portables."

"GILETS PARE-BALLES PÉRIMÉS"

"Le 22 juillet, je me suis pointé au travail à midi. J'ai appris qu'à 16 heures je devais être à Grenoble pour une mission de neuf jours. Si tu refuses, t'es muté dans un service de merde. Alors, tu pars risquer ta peau pour 1.800 euros par mois. Mon métier, c'est de protéger les biens et les personnes. Pas de me faire tirer comme un lapin par un crevard de cité. Notre véhicule affiche plus de 100.000 kilomètres au compteur, à l'intérieur, le chauffage est bloqué. Voilà l'état de la police aujourd'hui, en tout cas de la sécurité publique, dont je fais partie. Rien ne fonctionne normalement, ni les voitures, ni les ordinateurs. Certains ont des gilets pare-balles périmés. Même nos brassards de police sont usés jusqu'à la corde, j'ai un collègue qui a été obligé de repasser au marqueur la lettre P du mot police."

"CE N'EST PAS LES CAÏDS QUI VONT FAIRE LA LOI"

"J'entends certains dire il faut envoyer l'armée. Qu'on nous laisse agir, et ça ira très vite. Ce n'est pas une vingtaine de petits caïds qui vont faire la loi. Ces derniers jours, avec les renforts qui ont débarqué, les types se tiennent à carreau. Hormis quelques marioles qu'il faut savoir calmer. Hier, on est tombé sur un crevard de ce genre. Le type était au téléphone quand on s'est approché pour le contrôler. Je m'adresse à lui en le vouvoyant pour lui demander de mettre fin à sa conversation téléphonique, il me répond en me tutoyant : "Tu es qui toi pour me demander de m'arrêter de téléphoner. Personne ne me contrôle ici." Il a pris direct deux pièces de cinq francs (des gifles). Après, il nous disait : "Bonjour, merci et au revoir." Bien sûr que je me mets hors clous en agissant ainsi. Mais pourquoi devrait-on baisser la tête ?
Si tous les flics agissaient ainsi, les problèmes seraient vite réglés. Pour moi, ça, ce n'est pas une bavure, c'est une démarche citoyenne. Il faut arrêter de verbaliser le citoyen lambda et s'attaquer aux caïds, aux dealers, aux braqueurs. Quand un jeune de 20 ans roule dans une X6 qui coûte 120.000 euros et qu'il ne travaille pas, c'est à lui qu'il faut confisquer la voiture sur le bord de la route."

"SARKO NE SAIT PAS CE QUI SE PASSE"

"Il faut que la population sache que les policiers n'ont pas peur d'entrer dans les cités. Si nous n'y allons pas, c'est que nous avons ordre de ne pas y aller. Aujourd'hui, la hantise des autorités, c'est la bavure, l'émeute, l'embrasement. Mais à force de reculer, de renoncer, on arrive à des situations comme aujourd'hui. Un jour, on se réveille, c'est trop tard, c'est l'effet boomerang. Je ne crois pas que les conseillers de Sarko lui disent la vérité sur ce qui se passe. Il faudrait que tous ces délégués à la sécurité, préfets ou autres viennent tourner une nuit avec la BAC pour voir l'étendue des dégâts. On dit ici qu'un flic du Raid a eu dans la jumelle de son fusil un voyou perché sur un toit avec un lance-roquettes. Et qu'il n'aurait pas reçu l'ordre de tirer. Si j'avais été à sa place, j'aurais appuyé sur la détente. Et cela ne m'aurait pas empêché d'aller manger une pizza après. Est-ce qu'on attend qu'il pulvérise un fourgon de flic ?"

"LA PAROLE D'UN FLIC NE VAUT RIEN"

"Les flics vont se mettre à tirer. S'ils ne l'ont pas encore fait, c'est parce que la peur de perdre leur boulot est plus forte. Mais les flics en ont ras le bol. Après 15 ans de police, sans le moindre problème, je me suis retrouvé du jour au lendemain mis en garde à vue, perquisitionné à mon domicile parce qu'un crevard de cité, multirécidiviste, m'avait accusé de l'avoir agressé. Ce qui était faux. Mon service de nuit à peine terminé, je me suis retrouvé en garde à vue, puis mis en examen par le doyen des juges d'instruction. Pourtant, je suis un des flics les plus décorés de ma génération. Le doyen en question qui n'avait jamais mis les pieds dans un commissariat, ni même dans une voiture de flic m'expliquait comment il fallait que j'intervienne sur la voie publique. J'ai été suspendu durant neuf mois, privé de salaire. Je vivais avec 300 euros par mois. Si je ne suis pas mis une bastos dans la tête, c'est parce que mes proches m'ont soutenu. Au bout du compte, j'ai été relaxé par le tribunal. La parole d'un flic aujourd'hui ne vaut rien. Ni devant un jeune de cité, ni devant un juge, ni devant un élu. Le flic est un sous-citoyen."

La loi du crime !


"La mutation de trois policiers de la brigade anti-criminalité de Grenoble et la mise à l’abri de plusieurs de leurs collègues, après les menaces de mort émanant de la cité de la Villeneuve, où un braqueur multirécidiviste a été tué la semaine dernière, révèlent à quel point la criminalité a réussi à faire régner sa loi dans les banlieues. Quand même les policiers ont besoin de protection, on comprend mieux que de simples témoins aient refusé de se présenter au procès des émeutiers de Villiers-le-Bel, voici un mois. Ils risquaient, ni plus ni moins, que leur vie en dénonçant ceux qui, en 2007, avaient franchi une étape dans la violence en tirant à balles réelles sur la police.

Les rodomontades sur le nettoyage de La Courneuve au Kärcher n’ont mené à rien. Non seulement les zones de non-droit sont plus nombreuses qu’il y a cinq ans, quand le futur président Sarkozy roulait les mécaniques face à la " racaille ", mais les caïds ont haussé de plusieurs crans le niveau des exactions. Aux incivilités et à la délinquance s’ajoute une part de plus en plus importante de criminalité, avec braquages, viols, tirs à balles. Karim Boudouda, dont la mort a déclenché les émeutes de Grenoble, a été abattu alors qu’il tirait sur les policiers au pistolet mitrailleur.

Contre le crime, la police de proximité ne sert à rien, et les moralistes ont toujours été impuissants. Seule la sanction est efficace. Mais l’État a-t-il les moyens de reconquérir le terrain perdu ? Rien n’est moins sûr. Depuis les années Mitterrand, c’est-à-dire depuis trente ans, la France s’est enfoncée dans un débat stérile entre ceux qui prônent la prévention et ceux qui appellent à la répression. Faux débat en réalité : les premiers ont installé un climat de défiance contre toute émanation de l’ordre, que la France paie cher aujourd’hui. Les seconds ne se montrent fermes et résolus qu’en paroles. Les autorités politiques et judiciaires sont paralysées par la peur de passer pour racistes ou anti-jeunes, et la hantise de " stigmatiser " les banlieues (comme si les délinquants ne s’en chargeaient pas). Malgré les discours martiaux, ce sont bel et bien la naïveté et l’angélisme qui l’emportent la plupart du temps.

Avec la pauvreté qui ne recule pas d’un pouce, et, à l’inverse, la baisse continue des effectifs dans les commissariats, tout est réuni pour que le crime prospère dans les cité
s."

 
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