Prise pour cible, la police témoigne ... - SOS FRANCOPHOBIE

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Prise pour cible, la police témoigne ...

Actualités > Hommages à nos forces de l'ordre...

VILLIERS-LE-BEL  
Prise pour cible,
la police témoigne ...


(Source le point.fr)

Le 25 novembre 2007, Villiers-le- Bel s'embrase après la mort de deux "jeunes". Une trentaine de policiers vont être blessés par balles. Avant le procès des tireurs, qui s'ouvre lundi, Le Point a livré dans son numéro daté du 27 mais le témoignage exclusif d'un policier qui était en première ligne ce soir-là.
"Tout à coup, il y a eu ce bruit sec, qui n'avait rien à voir avec les pierres et les cocktails Molotov qu'on nous jetait dessus. Une collègue s'est plainte d'une douleur au doigt. On a vu du sang couler de son gant. Elle s'est mise à pleurer. Puis tout est allé très vite. Un autre collègue a senti une vive douleur aux genoux. Quand il a retroussé sa tenue, il y avait du sang partout. C'est à ce moment qu'on a compris qu'on nous tirait dessus."
Ce dimanche, en début de soirée, la Compagnie de sécurisation est appelée en renfort. Cette force d'intervention rapide basée à Paris est la vitrine de la préfecture de police, qui l'utilise pour sécuriser la capitale mais ne l'avait encore jamais engagée en banlieue. Didier, 32 ans, fait partie de la compagnie " Bravo ",
qui, cette nuit-là, va perdre la quasi-totalité de ses effectifs, 17 hommes sur 22, tous blessés par balles.
"Nous n'avions jamais été appelés sur une émeute. On est partis la fleur au fusil avec pas assez de balles en caoutchouc ni de grenades lacrymogènes. On n'avait même pas le plan de la ville, c'est notre capitaine qui devait nous guider par radio depuis le PC. Comme ça passait pas, on a dû se débrouiller avec nos téléphones portables personnels. Quand on est arrivés sur place, c'était Beyrouth. Pour nous encourager, notre lieutenant, un ancien militaire qui avait fait le Kosovo, répétait tout haut : " On va leur montrer qui nous sommes." Plus tard, quand on sera pris sous le feu, il refusera de donner l'ordre de repli".

" Tirer, j'y ai pensé. On y a tous pensé"...

"Une des premières images qui me reviennent, c'est une voiture de police en train de brûler, encerclée par les émeutiers, et une jeune policière qui appelle au secours. Elle hurle qu'elle va mourir. On parvient à l'extraire du véhicule, avant de partir vers la station- service que l'on avait ordre de protéger coûte que coûte. Une centaine de "jeunes" nous canardent avec des cocktails Molotov et tout ce qu'ils ont sous la main.
C'est à ce moment-là qu'on nous tire dessus. Le tireur est à une vingtaine de mètres de nous, caché derrière un bosquet. Il n'a pas plus de 17 ans. Il veut se faire un " keuf ", il sait qu'il a entre les mains un fusil à pompe, une arme pour tuer. C'est comme dans un film de guerre.
Les collègues de la première ligne tombent les uns après les autres. Le major est touché à l'épaule. On évacue les blessés vers l'arrière en les traînant. A cet instant, un policier a sorti son revolver et l'a pointé vers le tireur. La collègue à côté de lui est intervenue, elle a mis sa main sur son bras pour lui faire baisser l'arme. Quelques minutes plus tard, la collègue est touchée à son tour.
Il a fallu la transporter d'urgence au CHU de Gonesse, où des émeutiers ont essayé de lui faire la peau. Un crevard qui avait été blessé a su qu'il y avait un flic. Il a appelé ses potes..
Heureusement, le service de sécurité de l'hôpital a eu le temps de la changer de chambre. C'est un homme de la compagnie qui, après ses heures de service, a monté la garde toute la nuit devant la porte.
Tirer, j'y ai pensé. On y a tous pensé. Mais la peur de perdre son boulot de flic l'a emporté sur la peur de mourir. Nous sommes formatés pour ne jamais faire feu, même en légitime défense. On préfère que les policiers se fassent tirer dessus comme des lapins. Mais, un jour, un policier va riposter. C'est inéluctable. En face, c'est de plus en plus violent, ils n'hésitent plus. Maintenant, quand on nous envoie en intervention, on a l'impression qu'on part à la guerre. On ressemble plus à des marines qu'à des flics. On a deux Flash Ball, des grenades anti encerclement, le casque lourd, les jambières..."



"Pour acheter notre silence, l'administration nous avait promis 600 euros" !


"En fait, on a perdu la guerre contre la délinquance. Les gens réclament de la sécurité, mais personne ne veut d'une police qui ose. La plupart des émeutes s'arrêteraient net si on agissait de façon plus musclée. Mais la peur de la bavure paralyse les ministres de l'Intérieur. Quoi qu'il fasse, un flic aura toujours tort. Pour tous, les flics sont des salauds, des cogneurs, des alcooliques. Dès que tu es flic, tu deviens infréquentable. Les seuls qui te comprennent, ce sont ceux qui t'aiment : ta femme, tes parents, tes gosses. Quand un type t'insulte, te rit au nez ou même te crache dessus juste parce que tu portes l'uniforme de policier, parfois ça part en vrille. Par exemple si ton gosse a pleuré toute la nuit. Après, il y a les choses inexcusables comme les opérations punitives... A force de subir, certains passent du côté obscur de la force."

"A Villiers", on s'est servis de nous comme de chair à canon. Lorsqu'on nous a rapatriés au poste de secours, certains étaient touchés aux jambes, à l'épaule, un autre avait du plomb dans les testicules. Nos officiers ont filés au débriefing et notre commissaire est rentré chez lui.
Nos familles ont dû appeler elles-mêmes les hôpitaux de la région parisienne pour savoir où nous étions. Le lendemain, ceux d'entre nous qui n'avaient pas été blessés ont été renvoyés au front, la peur au ventre. On était écoeurés, on a même pensé organiser une conférence de presse, mais notre hiérarchie nous en a dissuadés."

"Désormais je ne dis même plus que je suis un flic" !

"Pour acheter notre silence, l'administration nous avait promis 600 euros. Puis c'est devenu 300 euros pour les blessés uniquement, qui, finalement, ont perçu la somme en bons-cadeaux. La Compagnie de sécurisation a été reçue en grande pompe à l'Elysée. Sauf notre lieutenant, qui nous avait conduits à l'abattoir. On avait dit qu'on boycotterait la sauterie s'il nous accompagnait. Sarkozy nous a félicités pour notre sang-froid. Il s'est adressé personnellement au policier qui avait sorti son arme, en lui confiant que, s'il avait tiré, il aurait été obligé de le sanctionner.
Malgré les cauchemars, on a tous refusé de voir un psy. Dans la police, tu ne peux pas avoir confiance en eux, certains vont baver à la hiérarchie. On a essayé d'exorciser le mal entre nous. Au cours de nuits, de week-ends entiers, parfois à grand renfort d'alcool. Et puis le dégoût l'a emporté. Aujourd'hui, entre nous, c'est un sujet tabou. Certains vont aller témoigner aux assises le 21 juin, mais ils ne diront pas tout. C'est pour ça que je parle. Désormais, je ne dis même plus que je suis flic. Je dis que je travaille dans un bureau. Et quand il y a une émission sur la police j'éteins la télé."

UN DOCUMENTAIRE QUI DERANGE...


La police a le bourdon. Injuriés, caillassés et désormais visés par des tirs d'armes à feu, les flics sont à bout. Tel est l'implacable constat qui se dégage de " La police et Sarko ", le documentaire dérangeant de Jean-Michel Decugis (journaliste au Point) et François Bordes. Une plongée dans l'univers sombre des gardiens de la paix. En première ligne face aux violences urbaines qui s'étendent, les " bleus " sont confrontés à une haine aveugle. Une redoutable escalade racontée sans fard. "Prendre une boule de pétanque lancée du 15e étage peut faire de gros dégâts, explique un flic qui a vécu les trois semaines d'émeutes à Clichy-sous-Bois, en 2005 (126 policiers blessés). Ils essaient clairement de se faire des flics. Ils le disent, l'écrivent et le chantent. La guerre est ouverte." Terrible propos : "Une cassure s'est produite avec ces émeutes, observe de son côté un syndicaliste du Syndicat général de la police. On est sortis perdants. Depuis, le moindre contrôle dégénère. On se retrouve aussitôt encerclés par des jeunes de plus en plus virulents, prêts à en découdre." Sans aborder les causes de cette dégradation accélérée ni trop s'appesantir sur les conséquences de l'abandon de la police de proximité au profit d'une police d'intervention, le documentaire met le doigt sur le découragement des flics, qui se sentent éloignés de leur hiérarchie, mal-aimés de la population, et qui adhèrent de moins en moins aux rodomontades médiatiques de Sarkozy. Rarement la " grande maison " a eu à ce point le moral en berne.

 
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